Pantagruel

Bibliographie

Éditions anciennes

On a conservé aujourd’hui seize éditions de Pantagruel parues du vivant de Rabelais, c’est-à-dire jusqu’en 1553, année où commencent à paraître les éditions de ses Œuvres.

Éditions lyonnaises

1. Claude Nourry, [c. 1532]Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532]. NRB 1.
Exemplaire :Paris, Bnf, Rés. Y² 2146 (consultable en ligne).
2. François Juste, 1533Pantagruel. Jesus Maria. Les horribles et espouventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Compose nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie. Lyon, François Juste, 1533. NRB 7.
Exemplaire :Moscou, Bibliothèque d’État de Russie, Pal.8.1265.
3. François Juste, 1534Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel roy des Dipsodes, composes par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Lyon, François Juste, 1534. NRB 8.
Exemplaire :Paris, Bnf, fonds Rothschild 3063 [VI. 2. 35].
4. Pierre de Sainte-Lucie, 1535Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel : Roy des Dipsodes, composez par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1535. NRB 9.
Exemplaire :Londres, British Library, 245 f. 43.
5. François Juste, 1537Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel, roy des Dipsodes, composez par feu M. Alcofribas, abstracteur de quinte essence. Lyon, François Juste, 1537. NRB 11.
Exemplaire :Paris, Bnf, Rés. p Y2 164 (consultable en ligne ; cet exemplaire de Pantagruel et de la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1537 est lié avec le Gargantua publié la même année chez Juste).
6. [Denis de Harsy], 1537-1538Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538. NRB 10.
Exemplaire :Paris, Bnf, Rés. Y2 2132.
7a. François Juste, 1542Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Lyon, François Juste, 1542. NRB 12.
Exemplaire :BN Rés. Y2 2135 (consultable en ligne).
7b. Pierre de Tours, 1542-1543Grands Annales tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz, Roy des Dipsodes. Lyon, Pierre de Tours, 1542-1543. NRB 26.
Exemplaire :Oxford, Bodleian Library, Douce R229.
8. Étienne Dolet, 1542Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué à son naturel : avec ses faictz, et prouesses espouventables : composés par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Plus Les merveilleuses navigations du disciple de Pantagruel, dict Panurge. Lyon, Étienne Dolet, 1542. NRB 13.
Exemplaire :Paris, Bnf, Rés. Y2 2145 (consultable en ligne).
9. Pierre de Tours, s. d.Le second livre de Pantagruel, restitué à son naturel. Lyon, Pierre de Tours, s. d. NRB 27.
Exemplaire :Paris, Bnf, Rés. Y2 2140.

Autres éditions anciennes

  • Pantagruel. Les horribles et espoventables faitz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua : Composés nouvellement par maistre Alcofribas Nasier. S. l. [Paris ou Poitiers ?], s. n. [Jean et Enguilbert de Marnef], 1533. Exemplaire : Paris, Bnf, Rés. Y2 2147.
  • Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Paris, [Nicolas Couteau] pour Jean Longis, s. d. [c. 1533 ?]. Exemplaire : Paris, Bnf, fonds Rothschild 1508 [II. 5. 38].
  • Pantagruel. Les horribles et espoventanles faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua / Composez ouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. S. l. n. n. [Paris, Nicolas Couteau, fin 1533 ou début 1534 ?]. Exemplaire : Paris, Bnf, Rés. Y2 2143 (consultable en ligne).
  • Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel roy des Dipsodes, filz du grand geant gargantua, Composez nouvellement par maistre alcofrybas nasier. S. l. n. d. [Paris, Pierre Leber ?, c. 1533 ?]. Exemplaire : Londres, British Library, G10420.
  • Grands Annales ou croniques Tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz. Roy des Dipsodes : enchronicquez par feu Maistre Alcofribas : abstracteur de quinte essence. S. l. n. n. [Caen, Successeurs de l’atelier Hostingue], 1542. Exemplaire : Paris, Bnf, Rés. Y2 2137-2138.
  • Second Livre de Pantagruel, Roy des Dipsodes, Restitué à son naturel : avec ses faictz, et prouesses espouventables : composés par M. Franç. Rabelais, Docteur en Medecine, et Calloier des Isles Hieres. Valence, Claude La Ville, 1547. Exemplaire : Paris, Bnf, fonds Rothschild 3202.
  • Le second livre des faictz et dicts heroiques du bon Pantagruel, Compose par M. François Rabelais Docteur en Medicine Reveu et corrigé pour la seconde edition. S. l., 1553. Exemplaire : Paris, Bnf, Rés. Y2 2174.

Éditions modernes

Texte de l’édition Nourry, c. 1532 (éd. 1Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.
Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532].
)
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. R. Marichal, Lyon, Association générale de l’internat et du conseil d'administration des hospices civils, 1935.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. V.-L. Saulnier, Genève, Droz, 1946 ; éd. augmentée 1965.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. N. Cazauran, Paris, Imprimerie nationale, 1990.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, traduction en français moderne, préface et commentaires de Marie-Madeleine Fragonard, Paris, Pocket, 1997.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. numérique en XML/TEI, désabrégée et dissimilée, BVH-Epistemon (consultable en ligne), 2013.
Texte de l’édition Juste, 1533 (éd. 2Pantagruel. Jesus Maria. Les horribles et espouventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Compose nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie.
Lyon, François Juste, 1533.
)
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, dans Chronicques du grant Roy Gargantua, Pantagruel, Pantagrueline prognostication (Lyon, 1533). Édition fac-similée de l’exemplaire de la Bibliothèque d’État de Russie (Pal.8. 1265), texte présenté par Annie Parent-Charon et Olivier Pédeflous, avec la collaboration de Tatiana Dolgodrova, Paris, Classiques Garnier, 2018.
Texte de l’édition Juste, 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
)
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, volumes III et IV des Œuvres, éd. A. Lefranc, J. Boulenger, H. Clouzot, P. Dorveaux, J. Plattard et L. Sainéan, Paris, Champion, 1922.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, dans Œuvres complètes, éd. G. Demerson, Paris, Le Seuil, 1973 ; 1995.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, dans Œuvres complètes, éd. M. Huchon, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1994.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. F. Gray, Paris, Champion, 1997.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, éd. numérique en XML/TEI, désabrégée et dissimilée, BVH-Epistemon (consultable en ligne), 2008.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, dans Les Œuvres romanesques, traduites en français moderne par Françoise Joukovsky, Paris, Champion, 1999.
  • – RABELAIS, François, Pantagruel, texte introduit, établi et annoté par Nicolas Le Cadet, translaté par Myriam Marrache-Gouraud, dans Tout Rabelais, édition et translation nouvelles dirigées par R. Menini, Paris, Bouquins, 2022, p. 1-225 et 1643-1703.

Études et articles

  • BAUDRIER, Henri, Bibliographie lyonnaise. Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle, Lyon, Brun, t. 12, 1921, p. 72-149 [Nourry] et p. 151-191 [Sainte-Lucie].
  • BAYLE, Ariane, Romans à l’encan. De l’art du boniment dans la littérature au XVIe siècle, Genève, Droz, 2009.
  • BÉNÉ, Charles, « Érasme et le chapitre 8 du premier Pantagruel », Paedagogica Historica. International Journal of the History of Education 1, 1961, p. 39-66.
  • BÉNÉ, Charles, « L’édition Nourry (1532) est-elle l’édition originale du Pantagruel ? », in Mélanges offerts à Henri Weber, Genève, 1984, p. 49-58.
  • CAPPELLEN, Raphaël et SMITH, Paul J., « Entre l’auteur et l’éditeur : la forme-liste chez Rabelais », L’Année rabelaisienne, n° 1, 2017, p. 121-144.
  • CAPPELLEN, Raphaël, « Ni Lyon, ni Paris ? Sur quelques impressions gothiques des textes rabelaisiens et para-rabelaisiens », L’Année rabelaisienne, n° 1, 2017, p. 297-331.
  • CAPPELLEN, Raphaël et MENINI, Romain, « Pantagruel, du grand au petit Prince », dans Du Calendrier des bergers au Pantagruel. L’atelier Nourry à Lyon au début du XVIe siècle, dir. Helwi Blom, Michèle Clément, Francesco Montorsi, Genève, Droz, 2024, p. 383-428.
  • CHARON, Annie, DOLGODROVA, Tatiana, PÉDEFLOUS, Olivier, « Une découverte à la Bibliothèque de Moscou : un recueil du XVIe siècle d’éditions de Rabelais », Bulletin du bibliophile, 2009/1, p. 56-78.
  • COOPER, Richard, « Les illustrations de Rabelais au XVIe siècle », Textimage, n° 17, printemps 2024 (« Rabelais et ses illustrateurs » ; consultable en ligne).
  • DEFAUX, Gérard, Rabelais Agonistes, Études rabelaisiennes, XXXII, Genève, Droz, 1997.
  • DUCHÉ-GAVET, Véronique et TRAN, Trung, « Par les images et par le texte. Pour un Rabelais sentimental ? », dans Rabelais et l’hybridité des récits rabelaisiens, dir. D. Desrosiers et al., Études rabelaisiennes, LVI, Genève, Droz, 2017, p. 227-248.
  • DUVAL, Edwin, The design of Rabelais’s Pantagruel, New Haven et Londres, Yale University Press, 1991.
  • FRANÇON, Marcel, Autour de la lettre de Gargantua à son fils, Cambridge, 1964.
  • GÜLTLINGEN, Sybille von, Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au seizième siècle, Baden-Baden et Bouxwiller, Éditions Valentin Koerner, t. I, 1992, p. 72-94 [Nourry], t. IV, 1996, p. 101-153 [De Harsy] et p. 201-222 [Juste], t. VII, 2001, p. 172-186 [Sainte-Lucie].
  • HUCHON, Mireille, Rabelais grammairien. De l’histoire du texte aux problèmes d’authenticité, Genève, Droz, 1988.
  • HUCHON, Mireille, note sur les éditions de Pantagruel, dans les Œuvres complètes, bibliothèque de la Pléiade, 1994, p. 1228-1232.
  • HUCHON, Mireille, « Rabelais et les théologiens », dans Religion et littérature à la Renaissance. Mélanges en l'honneur de Franco Giacone, dir. Fr. Roudaut, Paris, Classiques Garnier, 2012, p. 121-220.
  • KEMP, William, « Les petits livres français illustrés de Romain Morin (1530-1532) et leurs dérivés immédiats », in Il Rinascimento a Lione. Atti del Congresso Internazionale (Macerata, 6-11 Maggio 1985), A. Possenti et G. Mastrangelo (dir.), Rome, Edizioni dell’Ateneo, 1988, t. I, p. 465-525.
  • KEMP, William, « Lesperon de discipline d’Antoine Du Saix (1532) et l’imprimeur de Pantagruel, Claude Nourry dit “Le Prince” », Études rabelaisiennes, XXXIX, Genève, Droz, 2000, p. 23-37.
  • LA CHARITÉ, Claude, « L’édition princeps de Pantagruel (1532) de Rabelais et les Enfers d’Épistémon pavés d’“anciens” nouveaux romans publiés chez Claude Nourry », RHR, nos 82-83 (consultable en ligne), 2016, p. 45-64.
  • LA CHARITÉ, Claude, « Sous le signe de la Bonne Fortune. Chronologie et typologie du travail éditorial de Rabelais », L’Année rabelaisienne, n° 2, 2018, p. 23-44.
  • LE CADET, Nicolas, « Le monde de l’édition humaniste et la naissance de Pantagruel (ch. XXX) », RHR, nos 82-83 (consultable en ligne), 2016, p. 25-44.
  • LE CADET, Nicolas, « Cinq siècles d’illustration de Rabelais », Textimage, n° 17, Printemps 2024 (« Rabelais et ses illustrateurs » ; consultable en ligne).
  • LE CADET, Nicolas, « Dans l’atelier de François Juste : genèse et métamorphoses de la Pantagrueline Prognostication (ca 1532-1542) », L’Année rabelaisienne, n° 9, 2025.
  • LEFRANC, Abel, « Les dates de publication du Pantagruel et des premiers ouvrages de Rabelais », Revue des études rabelaisiennes, t. 9, 1911, p. 151-159.
  • LA PERRIÈRE, Yves de, Supplément provisoire à la Bibliographie lyonnaise du Président Baudrier. Fascicule I, 1967, f. 1-25 [De Harsy] et f. 85-116 [Juste].
  • MARTIN, Henri-Jean, La Naissance du livre moderne. Mise en page et mise en texte du livre français (XIVe XVIIe siècles), Éditions du Cercle de la Librairie, 2000, « Les libraires lyonnais de Rabelais », p. 219 224.
  • MENINI, Romain, « Qui est l’auteur du pamphlet rabelaisien contre Dolet (1542) ? », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, n° 45, 2023 – 1, p. 431-455.
  • MONTORSI, Francesco, « La circulation de bois gravés entre Claude Nourry et Olivier Arnoullet (avec des observations sur la tradition du Calendrier des bergers) », dans Du Calendrier des bergers au Pantagruel. L’atelier Nourry à Lyon au début du XVIe siècle, dir. Helwi Blom, Michèle Clément, Francesco Montorsi, Genève, Droz, 2024, p. 81-111.
  • PÉDEFLOUS, Olivier, « (Ré-)a-juste-ment. Éléments de génétique éditoriale rabelaisienne », Seizième siècle, no 10, 2014, p. 89-104.
  • PLAN, Pierre Paul, Les Éditions de Rabelais de 1532 à 1711, Paris, Imprimerie nationale, 1904.
  • RAWLES, Stephen et SCREECH, Michael, A New Rabelais Bibliography. Editions of Rabelais before 1626, Genève, Droz, 1987 [ouvrage abrégé : NRB].
  • RAWLES, Stephen, « La typographie de Rabelais : réflexions bibliographiques sur des éditions faussement attribuées », Études rabelaisiennes, XXI, Genève, Droz, 1988, p. 37 48
  • RAWLES, Stephen, « What Did Rabelais Really Know about Printing and Publishing ? », in Éditer et traduire Rabelais à travers les âges, éd. Paul J. Smith, 1997, p. 9 34.
  • RAWLES, Stephen, A Census of Rabelais Copies (1532-1626) with some Additions and Corrections to the New Rabelais Bibliography, Études rabelaisiennes, LXII, Genève, Droz, Travaux d’Humanisme et Renaissance n° DCLV, 2024.
  • SCREECH, Michael, « The First Edition of Pantagruel », Études rabelaisiennes, XV, Genève, Droz, 1980, p. 31-42.

Présentation

Histoire éditoriale

Rabelais arrive à Lyon à une date indéterminée, après son séjour à Montpellier (où il est reçu bachelier en médecine le 1er novembre 1530 et donne un cours comme stagiaire du 17 avril au 24 juin 1531). Il y exerce en tout cas une carrière de correcteur et d’éditeur scientifique à partir du printemps 1532. Il travaille pour Sébastien Gryphe, rue Mercière, où il donne des textes savants de l’Antiquité grecque et latine ou des textes néo-latins de la Renaissance. Chez François Juste, à quelques pas de là, devant Notre-Dame-de-Confort, il édite aussi des textes poétiques en vernaculaire.

Mais Rabelais fréquente également les ateliers d’imprimerie de Lyon en tant qu’auteur. 9 des 16 éditions de Pantagruel parues du vivant de Rabelais et dont on a conservé au moins un exemplaire sont en effet publiées à Lyon. Ce chiffre pourrait même être porté à 10, s’il s’avère que l’édition de Claude La Ville, datée de 1547, richement illustrée et fondée sur l’édition Dolet de 1542 (éd. 8Grands Annales tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz, Roy des Dipsodes.
Lyon, Pierre de Tours, 1542-1543.
), n’est en réalité pas imprimée à Valence, comme l’indique la page de titre, mais à Lyon. De fait, presque tous les autres ouvrages portant le nom de Claude La Ville mentionnent la ville de Lyon en page de titre (précisons ici que cette édition de Claude La Ville, qui contient également la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1547 et les merveilleuses navigations du disciple de Pantagruel, dict Panurge, ne doit pas être confondue avec sa contrefaçon qui conserve la même date mais est en réalité bien postérieure : c. 1600 ?).

Surtout, les 6 éditions plus ou moins avouées par Rabelais sont toutes lyonnaises. Il s’agit des éditions de Claude Nourry (éd. 1Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.
Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532].
), de son successeur Pierre de Sainte-Lucie (éd. 4Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel : Roy des Dipsodes, composez par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1535.
) et de François Juste (éd. 2Pantagruel. Jesus Maria. Les horribles et espouventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Compose nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie.
Lyon, François Juste, 1533.
, 3Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel roy des Dipsodes, composes par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1534.
, 5Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel, roy des Dipsodes, composez par feu M. Alcofribas, abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1537.
et 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
). Les variantes y sont très nombreuses et le nombre de chapitres n’a cessé d’augmenter, même si on constate qu’aucun épisode entier n’a été ajouté ou supprimé. Ces six éditions recourent toutes à la gothique bâtarde. Ce choix peut s’expliquer par des considérations économiques ou patriotiques selon Henri-Jean Martin (2000 ; ici et ensuite, les références critiques sont données supra). Il s’agirait de s’adresser « à un public provincial, plus large sans doute que le parisien, et sans doute moins accoutumé au caractère romain », mais aussi de refuser « un simple alignement sur la typographie romaine par fidélité aux traditions et aux sensibilités nationales ». Stephen Rawles (1988 et 1997) considère pour sa part que le recours à la gothique bâtarde relève d’une forme d’« humour typographique » : les caractères gothiques, qui tendent à être supplantés par le romain à la fin de la décennie 1530, confèreraient une dimension ironique et volontairement anachronique au texte rabelaisien, tout particulièrement en 1542, à un moment où le romain s’est largement imposé pour la prose. Ils seraient à mettre en relation avec l’image des silènes du prologue de Gargantua. L’idée est séduisante, mais il pourrait aussi tout simplement s’agir d’habitudes d’ateliers, prompts à publier certains types de textes en gothique, notamment les narrations en prose.

Édition non localisée

En plus des seize éditions publiées du vivant de Rabelais, il faut mentionner une édition sans exemplaire attesté :

Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Paris, s. n. [pour Guillaume Bigneaux], s. d. [1533 ?].

L’exemplaire conservé à la bibliothèque de Vienne, signalé en 1841 par Gustave Brunet dans ses Essais d’études bibliographiques sur Rabelais, est en effet réputé disparu [voir P. P. Plan, p. 47].

Chronologie et filiation des éditions lyonnaises

1. Claude Nourry, [c. 1532] (éd. 1Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.
Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532].
)

L’édition princeps ?

La première édition connue de Pantagruel paraît à Lyon chez Claude Nourry, dit « le Prince », sis près de Notre-Dame-de-Confort. Il pourrait bien s’agir de l’édition princeps. Gérard Defaux a défendu à plusieurs reprises (1997, p. 76-77) l’hypothèse d’une commande de Nourry, sur fond de guerre commerciale avec un autre imprimeur lyonnais, Olivier Arnouillet, mais Francesco Montorsi (2024) a montré que les deux hommes étaient plutôt liés par des rapports de collaboration. On peut aussi penser que Rabelais a tout simplement souhaité donner son texte à un des imprimeurs lyonnais les plus importants pour ce qui est du vernaculaire, chez qui son ami Antoine Du Saix avait collaboré plusieurs fois en 1531 et 1532 (Kemp, 2000), et proche par ailleurs du milieu évangélique et des humanistes, en particulier depuis l’arrivée dans son atelier de son gendre, Pierre de Vingle, en 1525. Certains critiques comme Charles Béné (1984) puis Olivier Pédeflous (2014) se demandent cependant si cette édition Nourry n’a pas pu être précédée d’une édition chez Juste dont la carrière commence avec l’impression d’une adaptation en prose de la Nef des folz en 1530 – ouvrage hautement important dans la genèse de l’œuvre rabelaisienne. Mais rien n’empêche de penser aussi que l’édition Nourry conservée à la BnF ait été précédée d’une autre édition Nourry aujourd’hui perdue (Cappellen/Menini, 2024). Quoi qu’il en soit, il est certain que Pantagruel, dès son plus ancien état connu, offre un miroir de la production imprimée de l’époque : en particulier, derrière les noms des damnés et des élus de l’enfer d’Epistemon se cachent des livres et des genres éditoriaux qui alimentaient les boutiques des marchands libraires et les ateliers d’imprimerie (Le Cadet, 2016), notamment celui de Claude Nourry (La Charité, 2016).

Un seul exemplaire conservé

L’édition Nourry n’a été transmise que par un seul exemplaire (Bnf, Rés. Y² 2146). Il présente des passages barrés à l’encre par une main du XVIe siècle, les feuillets C2 et C3 sont intervertis et le feuillet J1 a été arraché. Situé au milieu du chapitre 12, consacré aux « meurs et condictions de Panurge » (chapitres 16 et 17 dans l’édition Juste de 1542), ce feuillet comprend notamment la première contrepèterie de Panurge, l’épisode du « pauvre frater » qui montre malgré lui son « callibistris » lors de la messe des magistrats de la cour, ou encore le mot obscène sur le « trou » situé devant les dames.

Une édition en 24 chapitres, dont deux chapitres 9

L’édition comporte 23 chapitres, ou plutôt 24 car il y a deux chapitres 9, intitulés respectivement « Comment Pantagruel trouva Panurge, lequel il ayma toute sa vie » et « comment Pantagruel equitablement jugea d’une controverse merveilleusement obscure et difficile, si justement que son jugement fut dit plus admirable que celluy de Salomon ». Cette anomalie a laissé supposer à certains critiques que la succession des épisodes est fautive et qu’un des deux chapitres 9 a dû être composé plus tard puis inséré dans le livre après l’achèvement du manuscrit. Pour deux éditeurs du texte, Robert Marichal puis V.-L. Saulnier, ce serait le chapitre 9 bis (l’épisode Baisecul-Humevesne) qui aurait été placé par erreur après le chapitre 9 (la rencontre de Panurge) et non après le chapitre 8 (la lettre de Gargantua à son fils). Pour Gérard Defaux (1997, p. 248), ce serait plutôt le chapitre 9 qui aurait été interpolé tardivement car l’apparition de Panurge interrompt la séquence de l’éducation de Pantagruel. Dans le même esprit, Charles Béné (1961) et Marcel Françon (1964) considèrent que le chapitre 8 est le chapitre interpolé car le style cicéronien et le caractère très sérieux de la lettre de Gargantua tranchent avec le ton des chapitres environnants. Mais Edwin Duval (1991, chapitre 3, note 5) fait remarquer que Rabelais n’a jamais modifié la succession des chapitres et s’est contenté de régler le problème de la numérotation fautive (dans l’édition Juste 1542, fondée sur celle de Harsy 1537).

Aspect matériel de la page de titre : une « ensigne exteriore » sérieuse ou folâtre ?

D’un point de vue matériel, la page de titre se compose des éléments suivants : un encadrement avec quatre bois gravés (deux colonnes verticales, un piédestal et un fronton), un bandeau séparant le surtitre court (Pantagruel) du titre long (Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes / filz du grant geant Gargantua / Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier) et enfin un bloc de trois illustrations (deux personnages séparés par une branche d’arbre). Deux interprétations très différentes ont été proposées de l’aspect matériel de la page de titre.

Michael Screech (1980) considère que les bois évoquent nécessairement chez le lecteur un grave ouvrage de droit (ou de théologie) en latin : il s’agirait d’annoncer le « comique juridique » de maints chapitres, tout en tranchant avec le choix d’écrire une parodie populaire, comique et grossière, de récits de chevalerie. Mais comme le fait remarquer Henri-Jean Martin (2000), cet encadrement ne se trouve pas uniquement sur des ouvrages en latin et a déjà été utilisé chez Claude Nourry pour un autre livre en français, écrit par Symphorien Champier, sous le pseudonyme de Morien Piercham : De l’antiquité, origine et noblesse de la très antique cité de Lyon [1529 ?].

Au rebours de cette interprétation, certains critiques comme Ariane Bayle (2009, p. 145-146) proposent une lecture silénique de « l’apparence matérielle » de l’édition Nourry, c’est-à-dire du choix du format, de la gothique bâtarde et de l’encadrement : « ce livre facétieux et érudit prend l’apparence matérielle d’un ouvrage de peu de valeur, publié dans la précipitation et destiné à la grande vente ». Il semble cependant que l’aspect matériel du Pantagruel de Nourry ne diffère pas vraiment des autres livres parus chez lui.

En réalité, c’est surtout le surtitre (Pantagruel) puis le titre long (sur 8 lignes) qui est silénique : il met en effet en avant la filiation du héros avec le géant Gargantua des grandes et inestimables Chronicques du grant et enorme geant Gargantua, opuscule anonyme [Lyon, c. 1532] qui relate, en vingt chapitres très brefs, la création par l’enchanteur Merlin de Grant Gosier, de sa femme Galemelle et de la grande jument, puis la naissance de Gargantua, son enfance et son départ, à l’âge de sept ans, pour la cour du roi Arthur.

Une édition sans date

La page de titre mentionne l’imprimeur (« On les vend à Lyon en la maison de Claude Nourry dit le Prince près Notre-Dame de Confort ») mais pas le millésime. Abel Lefranc (1911) datait le Pantagruel de Nourry de la fin 1532. Selon Michael Screech (1980), l’usure des bois de la page de titre permet de situer l’édition Nourry entre août 1531 et mars 1533. Ce dernier critique a également émis l’hypothèse d’une datation interne, grâce à la mention au chapitre 5 des régents brûlés à Toulouse comme harans soretz (= « saurs » : « desséchés et fumés »). Il s’agirait d’une allusion à l’exécution, en juin 1532, de Jean de Caturce (ou de Cahors), professeur de droit suspecté d’hérésie, ce qui prouverait que l’ouvrage a été publié après cette date, peut-être pour la foire d’automne. Grâce à un nouvel élément matériel (une minuscule cassure sur l’encadrement que Screech n’avait pas relevée), Raphaël Cappellen et Romain Menini (2024) proposent une datation plus précise : entre la mi-août 1532 et mars 1533.

2. François Juste, 1533 (éd. 2Pantagruel. Jesus Maria. Les horribles et espouventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Compose nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie.
Lyon, François Juste, 1533.
)

Il s’agit de la première édition datée de Pantagruel. La devise « JESUS MARIA » se trouve en haut de l’encadrement de la page de titre, comme pour l’édition Juste de L’Adolescence clementine du 23 février 1533.

Des variantes significatives

Le livre est dit « Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie », ce qui n’est pas sans annoncer les magistri nostri de la bibliothèque de Saint-Victor. Parmi les variantes significatives, le « repertoyre » de la bibliothèque de Saint-Victor qui comptait 42 titres dans l’édition Nourry en compte treize de plus (dont deux disparaitront par la suite). Quant à Panurge, il ne répond plus à Pantagruel au moyen de neuf langues mais de onze (ajout de l’écossais et d’une langue imaginaire assimilée au « patelinoys »)

Un unique exemplaire, récemment retrouvé

Le seul exemplaire connu, anciennement conservé à Dresde et qu’on a longtemps cru détruit en 1945 par les bombardements alliés, a été retrouvé en 2003 à la bibliothèque d’État de Moscou. Il figure dans un recueil factice qui comprend deux autres unica publiés chez Juste en 1533 : le texte des Chronicques et celui de la Pantagrueline Prognostication. L’exemplaire a fait l’objet d’une édition fac-similée (2018).

3. François Juste, 1534 (éd. 3Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel roy des Dipsodes, composes par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1534.
)

Une édition avec la devise de Rabelais éditeur

Le Pantagruel de Juste 1534 est, avec la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1535 (Juste, c. 1534), le Gargantua de Juste, 1535 et le Pantagruel de Sainte-Lucie, 1535 (éd. 4Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel : Roy des Dipsodes, composez par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1535.
), l’une des quatre rééditions des livres de Rabelais qui comporte sur la page de titre la devise ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ, « À la bonne fortune » (La Charité, 2018). Il s’agit de la devise de Rabelais éditeur, qui figure dans certaines éditions savantes en latin parues à Lyon chez Sébastien Gryphe et en haut de l’encadrement de la page de titre d’une série de textes poétiques en vernaculaire publiés en 1534-1535, chez François Juste (œuvres de Marot, de Coquillart, Fleurs de Poesie francoyse). Rabelais a certainement voulu se démarquer des nombreuses contrefaçons qui circulaient déjà en authentifiant cette nouvelle réédition de son livre. Dans le titre (Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel roy des Dipsodes, composes par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence), Rabelais supprime la mention de la filiation entre Pantagruel et le Gargantua des Grandes chroniques. Tout se passe comme si le géant éponyme était désormais suffisamment connu pour se passer de la référence à son antécédent littéraire.

Une édition en 29 chapitres

L’édition procède à un redécoupage en 29 chapitres des 24 chapitres de l’édition Nourry (éd. 1Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.
Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532].
) et de l’édition Juste de 1533 (éd. 2Pantagruel. Jesus Maria. Les horribles et espouventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel, Roy des Dipsodes, filz du grant geant Gargantua, Compose nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier. Augmenté et Corrigé fraischement, par maistre Jehan Lunel docteur en theologie.
Lyon, François Juste, 1533.
). Rabelais divise en effet le procès de Baisecul et Humevesne en trois chapitres, le portrait de Panurge en deux chapitres, le débat par gestes avec Thaumaste en deux chapitres et le tour joué par Panurge à la haute dame de Panurge en deux chapitres, ce qui ajoute cinq chapitres à la séquence qui précède le récit de la guerre contre les Dipsodes.

De nombreuses corrections de langue

La critique a souligné la cohérence des modifications orthographiques et syntaxiques pratiquées dans ces éditions, cette « seconde manière » (Charles Brunet) de Rabelais qu’elle a pu interpréter comme un souci d’« archaïsation du style » (Gérard Defaux) ou comme une volonté de créer une « langue d’artifice » (Mireille Huchon). Les modifications ne sont en effet pas conformes à l’usage le plus fréquent : emploi cohérent des signes auxiliaires (apostrophe, tréma, accents) et du système de la « censure antique », suppression massive des renforcements de la négation en « pas », préférence pour les formes du démonstratif en icellui et icelle et pour le relatif lequel, etc…

Importants ajouts littéraires et intensification de la propagande évangélique

De très nombreux passages sont ajoutés : le dizain de Hugues Salel « à l’auteur de ce livre » et la formule « Vivent tous bons Pantagruelistes » (elle sera supprimée dans l’édition Denis de Harsy de 1537 (éd. 6Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538.
) et dans celle de Juste 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
)), le développement sur les nez qui croissent (chap. 1), le discours en danois de Panurge polyglotte (chap. 9). La liste des livres de la bibliothèque Saint-Victor est augmentée (71 titres supplémentaires), tout comme celle des damnés de l’enfer (elle passe de 46 noms dans l’édition Nourry à 82 noms, sachant que trois rois de France sont remplacés et que les « douze pers de France » sont supprimés). Ces ajouts visent notamment à accentuer la propagande évangélique, dans le contexte de la lutte de l’entourage royal et des évangéliques contre la faculté de théologie de Paris en 1533-1534. La satire des théologiens est en effet fortement amplifiée.

4. Pierre de Sainte-Lucie, 1535 (éd. 4Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel : Roy des Dipsodes, composez par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1535.
)

Très peu de temps après le Pantagruel publié chez Juste en 1534 (éd. 3) paraît une nouvelle édition chez Pierre de Sainte-Lucie, le successeur de Nourry († 1533) après son mariage avec sa veuve, Claude Carcan. Elle ne subsiste aujourd’hui dans un bon état de conservation que dans l’exemplaire de la British Library, Londres, 245 f. 43 (celui de la bibliothèque Méjanes à Aix-en-Provence est mutilé). L’édition, qui comporte quelques additions non retenues par la suite, imite la présentation de l’édition Nourry (éd. 1Pantagruel. Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du grant geant Gargantua, Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier.
Lyon, Claude Nourry, s. d. [c. 1532].
), mais se fonde sur le texte publié par Juste en 1534 (éd. 1Pantagruel. ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ. Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel roy des Dipsodes, composes par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1534.
) : sur la page de titre figure d’ailleurs aussi la devise de Rabelais éditeur. Rabelais n’a visiblement pas surveillé l’impression de cette édition : le texte ne comporte en effet aucun signe auxiliaire et élimine les caractéristiques orthographiques de l’édition précédente. Raphaël Cappellen et Romain Menini (2024) formulent diverses hypothèses pour expliquer comment le texte du Pantagruel de Juste 1534 a pu se retrouver dans l’officine de Pierre de Sainte-Lucie, quelques mois après l’affaire des Placards d’octobre 1534.

5. François Juste, 1537 (éd. 5Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel, roy des Dipsodes, composez par feu M. Alcofribas, abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1537.
)

Une édition de Pantagruel et de la Pantagrueline Prognostication

Le texte de Pantagruel est suivi de la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1537. À partir de cette date et ce jusqu’en 1580, la Pantagrueline Prognostication ne sera plus publiée de manière isolée mais toujours à la suite de Pantagruel. Edwin Duval (1991, p. 64) considère ainsi les deux textes comme des companion works. De fait, au fil des rééditions, jusqu’en 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
), les liens entre les deux textes, mais aussi avec Gargantua, ne cessent de se renforcer (Le Cadet, 2025). C’est Alcofribas qui assure la continuité de la trilogie Gargantua-Pantagruel-Pantagrueline Prognostication, avant de céder la place à « M. Fran. Rabelais docteur en medicine » (Tiers livre, page de titre).

Quelques variantes

Le texte de Pantagruel est toujours divisé en 29 chapitres mais comporte quelques variantes propres (par exemple l’ajout de huit titres pour la bibliothèque de Saint-Victor). L’édition présente avec la suivante (éd. 6Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538.
) une série de points communs mais aussi de divergences qui laissent supposer l’existence d’une édition aujourd’hui disparue [Juste, 1535 ?]. Elle ne sera pas reprise pour composer l’édition Juste de 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
).

6. [Denis de Harsy], 1537-1538 (éd. 6Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538.
)

Une édition attribuée à Denis de Harsy

Cette édition de Pantagruel et de la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1538, sans nom d’imprimeur, est datée de 1537 dans certains exemplaires et de 1538 dans d’autres. Elle est imputable à Denis de Harsy, un concurrent de François Juste sur le marché du livre vernaculaire, connu pour avoir imprimé une collection d’élégants petits livres français pour Romain Morin (1530-1532) (Kemp, 1988). Négligeant les signes diacritiques, cette édition ne semble pas avoir été autorisée par Rabelais, même si certaines variantes sont authentiques.

Une édition en 32 chapitres

Trois nouveaux chapitres sont ajoutés. Sont en effet dédoublés le chapitre 21 de l’édition Juste de 1534 (« Comment Pantagruel partit de Paris, oyant nouvelles que les Dipsodes envahissaient le pays des Amaurotes. Et la cause pourqui les lieus sont tant petites en France. Et l’exposition d’un mot écrit en un anneau »), le chapitre 22 (« Comment Panurge, Carpalim, Eusthenes, et Epistemon, compagnons de Pantagruel, déconfirent six cent soixante chevaliers bien subtilement ») et enfin le dernier chapitre : le développement final forme désormais un chapitre autonome, doté d’un titre (« la conclusion du present livre et l’excuse de l’auteur »).

Typographie romaine et texte aéré

Denis de Harsy recourt pour la première fois dans l’histoire éditoriale rabelaisienne aux caractères romains et à une mise en page beaucoup plus aérée. Il constitue des paragraphes, notamment dans certains passages fondés sur une énumération (la rencontre avec Panurge, le premier chapitre avec Thaumaste, les tentatives de décryptage des lettres invisibles, mais aussi quelques autres énumérations plus courtes) et dispose de manière verticale les titres de la bibliothèque de Saint-Victor ainsi que la liste des damnés de l’enfer d’Epistemon (Cappellen/Smith, 2017).

Une édition richement illustrée

C’est à Harsy que l’on doit les premières éditions amplement illustrées de Pantagruel et de la Pantagrueline Prognostication, mais aussi de Gargantua et d’un ouvrage pararabelaisien, le Disciple de Pantagruel. La richesse du matériel iconographique mobilisé fait de ces éditions un moment de bascule dans l’histoire de l’illustration rabelaisienne (Le Cadet, 2024). Pour ce qui est de Pantagruel, on dénombre trente-cinq vignettes (et quatre pour la Pantagrueline Prognostication) situées aux emplacements suivants : sur la page de titre, en tête du prologue et de chacun des trente-deux chapitres, ainsi qu’à l’intérieur du chapitre XX, avant le rondeau que Panurge offre à la « haulte dame de Paris ». Ces bois gravés assurent la lisibilité du texte et permettent de baliser la lecture. Leur fonction proprement illustrative est en revanche très relative, dans la mesure où il s’agit de réemplois et que c’est l’imprimeur qui choisit dans son stock l’image qui lui paraît convenir le mieux à tel ou tel emplacement (Cooper, 2024). Il arrive même que l’image n’entre pas du tout en dialogue avec le texte, comme c’est le cas par exemple pour certaines des images amoureuses et courtoises que l’on aurait plus volontiers attendues dans un roman sentimental, genre alors très en vogue dans le milieu éditorial lyonnais (Duché-Gavet/Tran, 2017).

7a. François Juste, 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
)

Cette nouvelle édition de Pantagruel est suivie de la Pantagrueline Prognostication pour l’an perpetuel.

Une édition en 34 chapitres

Le nombre de chapitres atteint 34, à la suite du dédoublement du chapitre consacré aux plaidoiries de Baisecul et Humevesne, et de celui du deuxième chapitre du débat par signes entre Thaumaste et Panurge

Une réécriture à partir de l’édition de Harsy

Rabelais n’a pas suivi le texte de l’édition Juste 1537 (éd. 5Les horribles faictz et prouesses espoventables de Pantagruel, roy des Dipsodes, composez par feu M. Alcofribas, abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1537.
) et s’est vraisemblablement servi d’un exemplaire corrigé de l’édition de Harsy (éd. 6Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538.
). Si les caractères romains sont abandonnés au profit de la gothique bâtarde, en revanche la disposition verticale des titres de la « librairie » de Saint-Victor et des damnés de l’enfer d’Epistemon a été conservée. Par ailleurs, la page est aérée par un recours régulier à de longs blancs typographiques que les éditeurs modernes choisissent en général de transformer en paragraphes (c’est le cas d’A. Lefranc, de G. Demerson, de M. Huchon, mais pas de F. Gray). Enfin, alors que les précédentes éditions rabelaisiennes de Juste ne contenaient pas de vignettes (à l’exception d’une vignette sur la page de titre de la Pantagrueline Prognostication de 1537 et de deux vignettes pour le Gargantua de 1537), Juste en utilise désormais dix-neuf dans son Pantagruel et sa Pantagrueline Prognostication de 1542 (huit différentes) et dix-sept dans son Gargantua de 1542 (neuf différentes). Certes, il renonce à placer comme Harsy une vignette en tête de chaque chapitre, mais l’évolution est tout de même notable.

La dernière édition revue par l’auteur

Dans la mesure où il s’agit de la dernière édition revue par l’auteur, elle est souvent choisie comme texte de base par les éditeurs modernes, au même titre que le Gargantua que Juste publie la même année et que le Tiers Livre et le Quart Livre en caractère romains sortis de l’atelier de Michel Fezandat en 1552. Cependant, les éditions du Pantagruel et du Gargantua de Juste 1542 sont beaucoup moins soignées que les éditions Fezandat. Et Rabelais n’y a pas réintroduit les particularités orthographiques mises en place en 1534 mais que Harsy n’avait pas bien respectées.

Un texte remanié

Les additions sont très nombreuses, par exemple dans le « repertoyre » de la bibliothèque de Saint-Victor (sept nouveaux titres, ce qui amène à un total de 139 titres), dans l’épisode des langues de Panurge (ajout du basque), dans celui de Thaumaste (qui compte désormais onze échanges de signes) ou encore dans l’enfer d’Epistemon qui passe de 82 à 86 noms (en réalité seulement 83 noms différents car ceux d’« Achilles », de « Romule » et d’« Artaxercés » sont utilisés deux fois). On compte également plusieurs suppressions : Rabelais fait ainsi disparaître certaines mentions des termes « théologien(s) », « sorbonagre(s) » ou encore « sorboniste(s) », cependant qu’il remplace presque toutes les autres par le mot « sophiste(s) », qui désigne le maître de rhétorique et de philosophie dans le Grèce antique et, au XVIe siècle, le professeur de dialectique à la faculté des arts (Huchon, 2012).

8. Étienne Dolet, 1542 (éd. 8Grands Annales tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz, Roy des Dipsodes.
Lyon, Pierre de Tours, 1542-1543.
)

C’est également à partir d’un exemplaire de l’édition de Harsy (éd. 6Pantagruel. [Faux titre :] Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
S. l. [Lyon], s. n. [Denis de Harsy], 1537-1538.
) que Dolet réalise l’édition pirate de Pantagruel, de la Pantagrueline Prognostication pour l’an 1542 et du Disciple de Pantagruel. Il ne tient pas compte des modifications de l’édition Juste 1542 (éd. 7Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué a son naturel, avec ses faictz et prouesses espoventables : composez par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence.
Lyon, François Juste, 1542.
) et soumet en plus le texte de Rabelais aux particularités d’accentuation et de ponctuation de son atelier. L’édition comporte quarante-neuf vignettes (quatorze différentes) dont trente-quatre pour le seul Pantagruel, en tête du prologue, de chacun des trente-deux chapitres, et avant le rondeau du chapitre XXV. Les bois gravés utilisés sont très proches de ceux de Harsy, qui leur ont visiblement servi de modèle (Cooper, 2024).

7b. Pierre de Tours, 1542-1543

Sous le titre Grands Annales tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz, Roy des Dipsodes, Pierre de Tours, le gendre et collaborateur de François Juste, publie un pamphlet anonyme de quatre pages et demi (« L’imprimeur au lecteur, Salut ») contre « la bastarde, et adulterine edition du present œuvre » par un « Plagiaire, homme encliné à tout mal ». Il le place en tête de certains exemplaires des Gargantua et Pantagruel (suivi de la Pantagrueline Prognostication) parus chez Juste en 1542. Le texte, qu’on a pu attribuer à Rabelais lui-même ou à Barthélemy Aneau (Menini, 2023), vise Dolet, l’imprimeur de la contrefaçon précédente (éd. 8Grands Annales tresveritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel son filz, Roy des Dipsodes.
Lyon, Pierre de Tours, 1542-1543.
). Ce rhabillage des éditions de Juste, 1542, sera contrefait à Caen, la même année, par les successeurs de l’atelier Hostingue (voir plus haut « Autres éditions anciennes » et Cappellen, 2017, p. 307-310).

9. Pierre de Tours, s. d. (éd. 9Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitué à son naturel : avec ses faictz, et prouesses espouventables : composés par feu M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Plus Les merveilleuses navigations du disciple de Pantagruel, dict Panurge.
Lyon, Étienne Dolet, 1542.
)

La vie tres-horrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel est suivie du second livre de Pantagruel, restitué à son naturel et enfin de la Pantagrueline Prognostication pour l’an perpetuel. Comme dans l’édition 7b, c’est l’ordre des générations qui prime sur l’ordre de publication – ce qui devient la norme pour la publication des Œuvres de Rabelais.

Informations sur la fiche

Nicolas Le Cadet

04/11/2011

31/01/2025

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