Type d’ouvrage : roman français sentimental contemporain
Auteur : anonyme
L’œuvre a été par ailleurs publiée dans un recueil éditorial d’une partie des œuvres d’Hélisenne de Crenne :
Les Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour d’Hélisenne de Crenne sont un roman sentimental pathétique composé de façon anonyme. Le récit rapporte la relation adultère d’une dame avec un jeune homme, la recherche de la dame séquestrée dans un château par l’amant et leurs retrouvailles, bientôt suivies de leur mort. Il n’a pas d’antécédent antique, médiéval ou contemporain direct, même s’il entretient une relation intertextuelle forte avec les traductions de Fiammetta de Boccace et du Peregrino de Caviceo.
L’auteure cache son identité derrière celle de la narratrice principale du récit et de l’héroïne, Dame Hélisenne. Elle utilise sur la page de titre et sur celle de deux autres fictions narratives originales, Les Épîtres familières et invectives et Le Songe, et d’une traduction partielle de l’Énéide le nom de plume Hélisenne de Crenne. Ce pseudonyme a pu être associé dès le XVIe siècle, dans une chronique d’Abbeville, à Marguerite Briet, une Picarde née à Abbeville séparée de biens de son mari, Philippe Fournel de Crenne (Loviot, 1917). La quantité très importante de syntagmes ou de parties de phrases prélevés dans des publications à la mode a pu amener à faire l’hypothèse d’une « création d’atelier », due à un ou plusieurs éditeurs recrutés par le responsable de l’editio princeps, Denis Janot (Réach-Ngô, 2013, p. 354-370 et p. 374-434).
On dispose d’une description précise du contenu et de la facture des éditions connues à ce jour (éd. C. de Buzon, 1997, p. 43-74). Certaines d’entre elles ont été partagées entre plusieurs imprimeurs, ce qui fait qu’elles ont paru sous un nom ou sous un autre en fonction des tirages, qu’elles ont connu une nouvelle émission ou encore qu’elles sont sorties du même atelier mais avec quelques variantes. Il n’est donc pas facile d’identifier les véritables éditions. Il semble qu’on puisse en compter neuf conservées dans au moins un exemplaire, réparties entre 1538 et 1560.
La première étape de la diffusion des Angoisses douloureuses a été constituée par la publication de trois éditions (1538-1541). La seconde a eu lieu avec l’élaboration des Œuvres de l’auteure, qui a placé le roman aux côtés des deux autres fictions narratives originales de celle-ci. Le découpage en trois grandes unités textuelles appelées « Partie[s] » s’avère commun à toutes les éditions. Le nombre et la nature des unités inférieures, chapitres ou paragraphes quant à eux varient.
L’œuvre a été lancée à Paris par Denis Janot, certainement peu après le 11 septembre 1538, date du privilège. L’édition se présente comme un épais in-8 à la mise en page élaborée (Réach-Ngô, 2013, p. 92-110). Janot a puisé dans la diversité de son fonds pour arriver à fournir pas moins de 112 illustrations, dont plusieurs sont redoublées (Buzon et Kemp, 2018, p. 188-189). Chacune des trois parties, dotée d’un titre long, s’ouvre sur une page de titre interne, ornée par un encadrement. L’éditeur sollicité par Janot, qui a peut-être travaillé en collaboration avec l’auteure, a segmenté les parties au moyen d’outils typographiques variés. De nombreux paragraphes, signalés par un alinéa ou éventuellement par un signe auxiliaire comme une étoile, une lettre capitale ou une lettrine ou encore une illustration, structurent le récit en petites unités. Ce choix atypique peut correspondre à une volonté de donner un correspondant visuel aux troubles causés par la passion (Réach-Ngô, 2013, p. 225-294).
Denis de Harsy (éd. 1Les Angoysses Douloureuses qui procedent d’Amours.
S. l. [Lyon], , s. n. [Denis de Harsy], s. d. [c. 1539].) a enfreint, probablement l’année suivante, vers 1539, le privilège de deux ans accordé à Janot. Il n’a pas indiqué son nom dans l’édition
; mais il a placé sur la page de titre principale et sur celle des parties II et III
sa marque d’imprimeur, représentant Dédale et portant la devise « Ne hault. Ne bas.
Mediocrement ». L’édition pirate, en format in-8, est elle aussi soignée typographiquement
(Buzon et Kemp, 2018, p. 188-189). Elle est illustrée de 4 lettrines et de 62 bois
gravés finement. L’éditeur de Harsy, sans évidemment s’être concerté avec l’auteure,
a transformé substantiellement la présentation du texte. Il a pris le parti d’alléger
le titre principal et celui des parties. Il a introduit par ailleurs 56 chapitres
dotés d’un intertitre. Il a aussi ajouté un dizain, intitulé « Helisenne aux Lisantes
», ce qui anticipe l’adresse aux dames du titre de la partie I. Cette pièce en octosyllabes
offre une clé de lecture pour qui peinerait à dégager un sens des trois parties.
Pierre Sergent a réédité la fiction en 1541. Le camp parisien a ainsi emporté la guerre commerciale entre Paris et Lyon. Le libraire, qui a pris la suite de Janot, a pourtant entériné les modifications du péritexte opérées par l’atelier de Harsy (vers 1539). Il a repris le raccourcissement du titre de l’œuvre et des parties, le découpage de la matière narrative en chapitres intitulés et numérotés et la captation liminaire de l’attention des dames par un dizain.
L’imprimerie lyonnaise ne s’est impliquée que dans la publication sous forme indépendante du roman. Aucun imprimeur local n’a peut-être voulu supporter le coût de publier un gros volume (près de cinq-cents feuillets en in-16 pour l’édition du Parisien Charles Langelier).
Brunet mentionne une quatrième édition publiée par Étienne Groulleau, sans précision autre que l’année 1555. Mentionnée dans : Brunet, Manuel, II, 415. Comme le bibliographe se trompe d’une année pour la publication de l’édition de 1551, il se peut qu’il fasse erreur.
Pascale Mounier
04/11/2011
01/04/2026
Citer cette noticePascale Mounier, « Angoisses douloureuses », in base ELR : éditions lyonnaises de romans du XVIe siècle (1501-1600), Pascale Mounier (dir.), en ligne : https://rhr16-elr.unicaen.fr/fiches/63 [consulté le 26/04/2026]